Interview d’E-Zabel, Pionnière de la blogosphère parentale Interview d’E-Zabel, Pionnière de la blogosphère parentale
  E-Zabel est l’une des pionnières de la blogosphère sur les sujets de parentalité. Mère de deux enfants (10 ans et 7,5 ans), elle... Interview d’E-Zabel, Pionnière de la blogosphère parentale

 

E-Zabel est l’une des pionnières de la blogosphère sur les sujets de parentalité. Mère de deux enfants (10 ans et 7,5 ans), elle narre avec amour et humour depuis 2008 son quotidien trépidant de maman parisienne autoproclamée ‘imparfaite’, pour une communauté de 5 100 fans dans Facebook et 6 100 followers dans Twitter. Une influence et une liberté de ton qu’elle exerce aussi depuis 2013 à travers un deuxième blog, Le Paris des Parents, qui présente des bons plans pour les familles parisiennes.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer E-Zabel pour échanger avec elle sur son expérience de blogueuse aguerrie, sur l’impact de son blog sur sa vie quotidienne et familiale, et sur la perception changeante de la société sur la maternité.

 

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BH- Qu’est-ce qui a allumé l’étincelle de votre blog en février 2008 ?

Je sortais d’une dépression post-partum et le blog m’a servi de thérapie de choc. Prendre du temps pour moi : c’était le conseil du psychologue. Ça pouvait être faire de la musique, écrire un livre ou faire du shopping, mais pour moi, ça a été d’ouvrir mon blog : E-Zabel. Le fait de prendre du recul sur des situations quotidiennes qui avaient tendance à me déprimer, de les traiter d’une manière humoristique et de les partager avec d’autres mamans confrontées à la même chose, ça m’a fait un bien fou. Quand elles me répondaient, « tu nous fais du bien, tu nous fais rire, on n’est pas toutes seules », ça me donnait une très grande envie de continuer et ça m’a énormément aidé dans mon quotidien. Les feedbacks et la reconnaissance m’amenaient à me sentir utile y compris en dehors de mon cercle familial.

Au-delà de ce moteur finalement assez égocentrique, le fait de bloguer, de devoir trouver un angle, un ton me permettait aussi de ré-initier pendant mon congé maternité une démarche intellectuelle, qui me changeait des couches et des biberons. J’adorais ça, mais je suis quelqu’un qui a aussi besoin de faire tourner son cerveau différemment.

 

etoile_verte_BHBH- Et vous vous êtes prise au jeu puisque vous continuez à bloguer depuis sept ans. Quels sont les moteurs qui vous poussent à continuer ?

Même une fois guérie, je me suis rendue compte que bloguer me faisait du bien, que j’aimais faire rire, que je prenais plaisir à échanger avec d’autres mamans via les commentaires du blog. Comme je constatais que mes mots avaient un certain poids, il me tenait aussi à cœur de continuer à faire passer des messages de déculpabilisation auprès des autres mères pour qu’elle sache qu’elles étaient normales et que j’avais également ressenti ces sentiments contradictoires. Avec ce message « non, la maternité, ça n’est pas que du bonheur », je me dis que si je réussis à aider ne serait-ce qu’une poignée d’autres mamans, j’aurai fait mon job ! D’autant plus qu’à mes débuts en 2008, cette vision lucide de la maternité ne se lisait vraiment nulle part. Tout était censé être beau dans le meilleur des mondes : on nous promettait d’être la plus heureuse des femmes en portant notre bébé et en posant nos yeux sur lui pour la première fois.

Photo d'E-Zabel

A mes débuts en 2008, la vision déculpabilisante de la maternité ne se lisait vraiment nulle part. Les choses ont beaucoup évolué dans les médias et sur les blogs.

 

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BH- Or, on sait très bien que ça n’est pas toujours la réalité…

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup évolué dans les médias et sur les blogs. Pour moi c’est Florence Foresti qui a vraiment lancé ce mouvement avec ses sketchs absolument géniaux. Je trouve même qu’on a basculé, depuis d’un tabou initialement très fort, vers l’extrême inverse, c’est-à-dire que certaines se revendiquent presque aujourd’hui comme mauvaises mères sans honte. Il est de bon ton de s’épancher sur le fait que nos enfants nous énervent et qu’on serait bien finalement sur une île déserte sans eux. Et ça me dérange un peu, même si évidemment tout le monde est libre d’exprimer ses sentiments comme il le souhaite ! De mon côté j’ai toujours voulu me situer entre les deux, c’est-à-dire que je ne suis pas une mère parfaite, pas une mère indigne non plus, mais une mère « normalement imparfaite » confrontée à une foule de sentiments très paradoxaux : à la fois un énorme bonheur et un attachement viscéral à ses enfants, et en même temps une profonde fatigue et une remise en question perpétuelle.

Alors c’est vrai que mes enfants ont grandi. Pour ceux qui me découvrent maintenant, je n’ai plus la même ligne éditoriale qu’à mes débuts, je n’aborde plus les mêmes sujets, mais je reste attachée à ce récit équilibré de ce qu’est la maternité.

 

Photo d'E-Zabel

Je suis une mère « normalement imparfaite » confrontée à une foule de sentiments très paradoxaux : à la fois un énorme bonheur et un attachement viscéral à ses enfants, et en même temps une profonde fatigue et une remise en question perpétuelle.

 

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BH- Dans la presse ou les réseaux sociaux, on observe aussi la résurgence d’une vision glorifiée de la maternité, notamment avec le phénomène du hashtag « happy mamma »…

En fait, il y a un vrai duel. Il y a en effet ces mauvaises mères revendiquées dont nous parlions. Et aussi de l’autre côté la vision de ce que j’appellerais la « mère parfaite », impeccablement brushée, maquillée, à l’heure devant l’école le soir avec le goûter fait maison. Leur enfant, quand il sort, est toujours nickel : il n’a pas les cheveux en bataille, il n’a pas déchiré son pantalon et il est poli en toutes circonstances. Moi, cette vision de mère parfaite, je n’y crois pas une seule seconde. Et je me dis que si elle existe, je plains leur petit parce qu’un petit peu d’imperfection ça évite aussi aux enfants de se mettre trop de pression pour plus tard. Vous imaginez un gamin qui a une mère qui ne fait aucune erreur ? Ce sont des années de psychothérapie derrière ! Moi, il m’arrive d’avouer à mes enfants que je suis fatiguée et que c’est difficile.

 

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 BH- Comment vous êtes-vous fait connaître au début et comment avez-vous fait pour atteindre ce niveau de notoriété ?

Le bouche-à-oreille a joué, bien sûr, mais ce sont surtout les nombreuses parutions dans la presse papier qui ont tout accéléré. En fait au début on était tellement peu nombreuses à bloguer sur ces sujets de parentalité que quand la presse a commencé à s’intéresser à ce phénomène naissant, c’était facile de me repérer. J’avais trouvé ça absolument hors du commun : on blogue dans son coin sans trop faire attention, et on est un jour sollicitée par une journaliste qui a lu votre blog et s’est identifiée à vos récits. Ça m’avait énormément touchée et j’en étais aussi très fière. Fin 2008, j’étais élue par le magazine Elle n°1 de la catégorie ‘blog maman-bébé’, avec à la clé shooting photo, interview, mon nom et prénom dans le magazine… Puis j’ai été invitée sur un plateau-télé. Mais encore une fois, au départ, je voulais juste écrire, partager, je savais à peine ce qu’était un blog. Ça a pris une tournure que je n’imaginais pas du tout.

 

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BH- Comment expliquez-vous le succès que vous avez rencontré ?

Ce qui plaît beaucoup aux lecteurs, et justement aux autres mamans ‘normales’, c’est le fort potentiel d’identification. On se dit : « ça pourrait être chez nous ». Je pense que mes lectrices me ressemblent.

 

Photo d'E-Zabel

La véritable rupture a eu lieu lors de la perte de mon anonymat. 

 

 

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BH- Vous décrivez beaucoup de situations de la vie quotidienne. Est-ce que ça a modifié le regard que les gens portent sur vous ?

La véritable rupture a eu lieu lors de la perte de mon anonymat. À partir de là, clairement il a fallu que je fasse attention aux sujets que j’abordais. Avec l’article du Elle, mon employeur du moment a, par exemple, découvert mon activité de blogueuse. On s’interroge alors forcément sur ce que l’on a pu écrire de compromettant ! Heureusement je n’avais jamais raconté ce qui se passait au bureau.

La perte d’anonymat n’a pas changé le regard des autres sur moi, mais elle a un peu modifié ma façon de choisir et de traiter les sujets. Aujourd’hui, si je devais coacher un blogueur débutant, la question de l’anonymat est la première chose que j’aurais en tête, surtout pour celles qui abordent des sujets très intimes, personnels ou professionnels.

 

Photo d'E-Zabel

Je fais très attention à l’empreinte numérique pour mes enfants

 

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BH- Est-ce qu’il y a des sujets sur lesquels E-Zabel s’interdit de bloguer ?

Je n’évoque jamais la vie conjugale. Les relations pères/mères sont pourtant l’un des sujets clés des jeunes parents, que j’adorerais traiter et sur lesquelles il y aurait un roman à écrire.

Sinon, je fais très attention à l’empreinte numérique pour mes enfants, mais aussi pour moi : je gère mon nom comme je le ferais pour une marque, avec les mêmes réflexes d’e-reputation. Parfois, un écrit ou un ton peuvent être mal interprétés ou blesser. Je suis très sensible à ces risques. J’ai une éthique, une ligne éditoriale, un message à faire passer : je m’y tiens depuis un peu plus de 7 ans.

 

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BH- Est-ce que les gens se méfient davantage de ce qu’ils vous disent ?

Non, dans mon quotidien, mes amis savent très bien que je ne vais pas dire du mal d’eux !!. Mes proches sont plutôt contents pour moi et partagent le côté littéralement extraordinaire de l’aventure. Ils voient les retombées, ils me demandent des nouvelles, je lis de la fierté dans certains yeux : c’est chouette. Il m’arrive d’évoquer dans mon blog quelqu’un qui pourrait se reconnaître en me lisant, mais toujours de manière hyper bienveillante : parce que la personne m’aura suggéré une idée, ou parce qu’on aura eu une conversation intéressante, auquel cas je la cite.

 

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BH- Est-ce que le fait de bloguer fait peser sur vous une pression au quotidien, vous fait vous sentir un « role model » sur des sujets d’éducation ?

Non. Je suis une maman expérimentée parce que maintenant mes enfants sont grands et parce que je suis passée à travers pas mal d’aventures parentales. Mais il est hors de question que je m’érige en modèle ou que j’impose des conseils, je prône plutôt le «faites comme vous pouvez, ça sera déjà très bien». Par contre, je suis très à l’écoute des mamans qui m’écrivent et notamment lorsqu’elles me confient un mal-être. Je propose alors si c’est possible une rencontre : on discute, on prend un café, on partage… Comme je le ferais avec n’importe quelle copine, sauf que là, le blog augmente le potentiel de rencontres. Je transmets mon témoignage : j’ai traversé des moments difficiles, mais je suis fière de dire que je me sens vraiment bien aujourd’hui et que ça en valait largement la peine. J’espère du coup leur donner de l’espoir.

 

Photo d'E-Zabel

Il n’est pas question que mes enfants pensent que je me moque d’eux ou que je partage leur intimité !

 

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BH- Vos enfants ont 7,5 ans et 10 ans. Ils sont en âge de lire, est-ce qu’ils réagissent parfois aux billets ?

Ils savent que je tiens un blog, mais ils ne le lisent pas, car ils n’ont pas accès à l’ordinateur en libre service. Je leur ai expliqué que c’était un peu comme un journaliste, mais sans être payé, donc que ça n’est pas un métier. Ils savent que j’écris des articles autour des enfants, des parents, de tout ce qui touche à la famille. C’était important pour moi qu’ils comprennent à la fois ce que je fais et ce que ça leur apporte aussi. Ils voient parfois passer des cadeaux ou des invitations, il leur arrive d’être invités à certains événements où je suis conviée par des partenaires. Finalement, j’y trouve beaucoup d’intérêt aussi pour leur éducation : depuis leur plus jeune âge, ils se sont sociabilisés, ils ont appris à se présenter un peu à des inconnus, ils ont eu accès à beaucoup de choses que je n’aurais jamais pu leur offrir (spectacles, musées, parc d’attractions…), mais surtout je voulais qu’ils aient conscience de leur chance et qu’ils apprennent à partager. Donc, nous donnons aussi beaucoup de cadeaux ou d’entrées à des spectacles.

Aujourd’hui, mes enfants grandissent et comme à la base, je parlais d’eux, de leur évolution, de leurs «petites bêtises» ou de leur comportement, je m’autocensure : les sujets qui les touchent sont désormais plus intimes, plus sensibles, je ne peux pas les exposer publiquement, sans leur accord. Cela m’oblige donc à trouver d’autres angles ou d’autres sujets. Il n’est pas question que mes enfants pensent que je me moque d’eux ou que je partage leur intimité ! Bientôt il y aura donc un vrai virage à opérer. Intellectuellement c’est un défi génial de trouver une autre façon de faire passer les messages qui me tiennent à coeur sans mettre en porte-à-faux qui que ce soit.

 

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BH- Avec les autres blogueuses de la mamansphère, est-ce que vous faites en sorte de ne pas parler de la même chose au même moment ?

Non, parce qu’en général nous n’avons pas la même typologie de famille. Et puis j’ai noué de très belles amitiés avec d’autres blogueuses, donc quand on se voit on ne discute fondamentalement pas de nos billets ! Parfois il arrive que l’on s’inspire les unes des autres inconsciemment parce qu’on se lit. Avec certaines on est dans une forme de critique bienveillante : j’attends d’elles une relecture constructive et sincère. On s’entraide aussi beaucoup sur la relation avec les marques et les partenariats, quand l’une d’entre nous ne sait pas comment procéder, ou quand elle craint de se faire « arnaquer ».

 

Photo d'E-Zabel

Finalement, il y a trop d’infos sur internet : on est submergé par le bruit.

 

 

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BH- Si vous deviez rencontrer la bonne fée des jeunes parents et qu’elle vous donnait un vœu à exaucer pour faciliter la vie des jeunes parents à Paris…

La complexité à Paris, c’est qu’il existe 25 000 city-guides mais aucun qui ne soit vraiment exhaustif. On est donc contraints de chercher dans une multitude de guides pour trouver le resto kids-friendly chez qui il restera une table de libre ou le cours de danse qui nous convient dans le quartier. J’en avais fait un billet d’ailleurs, car c’est un combat et j’espérais pouvoir aider quelques mamans. Entre ça et tout ce qui est pris d’assaut, c’est une perte de temps hallucinante.

Finalement, il y a trop d’infos sur internet : on est submergé par le bruit. Avant, pour chercher un voyage c’était finalement facile. Maintenant c’est plus compliqué parce qu’on sait qu’il y a toujours «autre chose» sans doute de mieux, et au final deux heures plus tard on n’a rien trouvé !! Pour les enfants, c’est souvent pareil : l’offre est immense, mais il faut consulter un ou deux sites webs puis passer un ou deux coup de téléphone pour vérifier les disponibilités. Et parfois, on finit par se dire : on va rester à la maison et aller au square. C’est de toute façon parfois très bien de s’ennuyer chez soi aussi…

Mon rêve serait d’avoir un répertoire exhaustif de tout ce qui touche à l’enfance à Paris, avec un côté «Allociné», qui fasse gagner du temps. Ainsi, on irait peut-être davantage vers la culture, vers les expos dont on ne soupçonnait pas l’existence et qui ne sont finalement pas très loin, vers les ateliers qui sont programmés et justement pas complets. Surtout qu’avec de jeunes enfants, les parents ne sont généralement pas focalisés sur une activité en particulier, mais davantage sur la nécessité de les  occuper : que ce soit artistique, culturel ou ludique, c’est secondaire finalement 

 

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